Application du règlement P-6 à Montréal
Ce matin, à 10h30, trois représentants du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) s'adressaient au comité exécutif de la ville à propos de l'application du règlement municipal P-6. Vous pouvez consulter en ligne le règlement original, ainsi que les amendements concernant la remise d'itinéraire et le port du masque. Le P-6 n'est pas entièrement nouveau. Il existait déjà avant 2012 et mentionnait notamment l'interdiction de transporter des «objects contondants». Le règlement n'est appliqué que lorsque le poste de commandemant est en opération et, donc, avec leur permission.
Il est clair que, pour le SPVM, il s'agissait avant tout d'une opération de relations publiques, afin de se justifier non seulement auprès des éluEs de la Ville de Montréal, mais aussi auprès des citoyens. Selon eux, l'application du règlement P-6 est nécessaire car il y a un «noyau radical» de manifestants qui menace la sécurité publique. S'il y a eu un nombre extraordinaire de manifestations l'an dernier, plus de 700, parfois plus de cinq par jour, le SPVM trouve que c'est depuis 2013 que l'on remarque une radicalisation.
Le SPVM préfère ne pas trop discuter de ses stratégies et affirme même ne pas vouloir trop de transparence, mais ils n'ont pas expliqué plus en détail cette prise de position. On peut supposer que, dans une certaine mesure, il s'agisse de simple question de sécurité. Ils ont tout de même abordé certaines de leur stratégie. Par exemple, leur compte Twitter est très actif pendant les manifestations. On y voit la déclaration que la manifestation est illégale (ou, beaucoup plus rarement, légale), le trajet suivi par les manifestant.e.s ou encore des réponses aux questions des citoyen.ne.s.
Le SPVM fait également usage d'agents médiateurs qui parlent avec les manifestant.e.s. Ils sont cependant beaucoup moins présents dernièrement, par crainte pour leur sécurité.
En 2012, la plupart des manifestations étaient pacifiques. Le SPVM analyse régulièrement les manifestations passées et considèrent, comme mentionné plus haut, que celles qui se sont déroulées depuis janvier 2013 ont mené à une recrudescence d'actes de violence orientés envers les policiers, ce qui contraste avec le calme relatif de l'automne dernier. Il y aurait «présente récurrente d'un noyau dur» qui cherchent à faire déraper les événements.
Le 5 mars marquait le premier anniversaire des manifestations nocturnes. Le SPVM dit avoir constaté la présence d'un groupe qui voulait surtout confronter les policiers. C'est suite à cette manifestation qu'ils ont changé leur stratégie et décidé d'appliquer P-6 avec plus de rigueur. Ils insistent sur le fait que, avant les manifestations, ils demandent plusieurs fois la diffusion d'un itinéraire et qu'ils ont dit publiquement que le port du masque serait interdit. Ils ne veulent pas, d'ailleurs, que les manifestations se fassent dans le sens contraire de la circulation, pour des raisons de «sécurité».
Une période de questions faisait suite à leur intervention. Plusieurs élu.e.s ont reçu des lettres de citoyen.ne.s inquiets. Comment s'assurer que le règlement est appliqué avec discernement? L'application ne mène-t-elle pas simplement l'arrestation massive de gens innocents, qui ne sont pas mal intentionnés, alors que les gens plus radicaux fuient? Réal Ménard, maire de l'arrondissement Mercier—Hochelaga-Maisonneuve, par exemple, a reçu des lettres non seulement de citoyens, mais de groupes comme le syndicat des professeurs du cégep Maisonneuve, ce qui inclut des «professeurs de chimie» et non seulement «des sociologues à gauche qui veulent changer la société». Josée Duplessis, quant à elle, semble trouver que l'application du règlement est plutôt arbitraire.
Le SPVM considère que le règlement P-6 leur permet d'être plus proactif plutôt que réactif, ce qui est mieux pour la sécurité publique. Son application ou non dépend principalement de la collaboration des organisateurs, ce qui emmène Émilie Thuillier, vice-présidente du comité exécutif, à rappeler que les manifestations n'ont pas toutes une hiérarchie, avec une organisation à la «tête» qui pourrait divulguer l'itinéraire. Le SPVM répond que, avant 2012, c'était très structuré et ils recevaient beaucoup d'informations avec l'itinéraire. Ce serait donc un phénomène récent.
Il y a eu des questions concernant spécifiquement l'arrestation et l'enlèvement de la tête d'Anarchopanda, ainsi que sur le cas de Jennifer Pawluck, qui avait photographié un graffiti montrant Ian Lafrenière avec une balle dans la tête, mais le SPVM a été très peu loquace parce que les deux affaires font ou feront l'objet de procès.
L'avant-dernière intervention était celle de Michael Applebaum, maire. Il souligne le fait que, selon lui, le règlement est très important et qu'il est normal qu'il soit appliqué avec discernement, comme n'importe quel autre. Il donne l'exemple de certains règlements qui ne sont pas appliqués pour les simples citoyens, mais qui le sont pour les motards. Il s'inquiète également de l'image de la ville de Montréal véhiculée par les manifestations qui dégénèrent.
La dernière intervention était celle de Christian G. Dubois, qui est, entre autres, président de la commission de la sécurité publique. Comme Applebaum, il soutient le règlement. Il est même allé jusqu'à dire que son application est d'autant plus importante compte tenu de ce qui est arrivé au marathon de Boston.
Mes commentaires
BOLLOCKS.
J'ai été de plusieurs manifestations, y compris celle du 5 mars, qui semble avoir été le point pivotant pour le SPVM. J'ai été traumatisée. Peut-être l'ont-ils été eux aussi? Mais mon traumatisme est pour toute autre raison: la rudesse de leur intervention. J'ai vu, entendu et respiré le mépris. J'ai eu du mal à quitter les lieux parce que les policiers nous dirigaient vers leur prochaine souricière.
Le SPVM a mis un accent très important sur la communication (la «verbalisation»), affirmant chercher à discuter avec les manifestants. Ce n'était pas du tout le cas le 22 mars dernier. Notre petite manifestation de soutien aux arrêtés a été accueuillie avec des boucliers et le camion qui nous disait de partir. Aucune tentative de communiquer avec nous. Étions-nous un noyau dur et radical?
Il y aussi eu deux déclarations qui m'ont marquées, les deux provenant non pas du SPVM mais du comité exécutif. La première, dans l'intervention du maire Applebaum, concernait le souvenir qu'il a eu d'avoir un commerce dont la vitrine a été cassée plusieurs fois. Les assurances ne voulant plus de lui, il devait débourser chaque fois...600$! Si ce chiffre semble familier, c'est que les gens interpellés en fonction du règlement P-6 pour une première fois reçoivent une amende de 637$. Le maire ne semble pas les plaindre, eux.
L'autre, celle qui en a choqué beaucoup, nous vient de M. Dubois. C'est celle que j'ai rapporté plus haut, concernant les événements de Boston. Je ne mets pas en doute l'horreur de ces attaques. Je trouve cependant très douteuse la comparaison. Des gens qui scandent des slogans, quelques vitres cassées ou des balles de neige lancées à des policiers...contre des bombes placées au milieu d'une foule qui comptait des gens de tous âges et de tous horizons? C'est laid.
Les actions du SPVM empêchent les gens, ou du moins les gens de certaines revandications, de manifester spontanément ou de façon non organisée et hiérarchisée. Les discours tenus ce matin nous rappellent d'ailleurs l'importance de l'économie et de la politique dans leur choix. Une trentaine de personnes qui manifestent spontanément pour soutenir leurs camarades, qui faisaient une contestation politique? Chassez-les de la voie publique! Des gens qui sortent du centre Bell pour célébrer la vitoire d'une équipe de hockey aux profits élevés? Laissez-les s'amuser!
Je vais terminer par une citation de l'ASSÉ: «Se servir des victimes de l'attentat pour justifier des arrestations de masse? Dégoûtant.»
Comments Off





