(Note: ce billet parle de violence, d'armes à feu et de tensions interethniques.)
Mardi dernier se déroulaient des élections provinciales québécoises. Pour la première fois, nous avons élu une femme comme Première Ministre, en la personne de Pauline Marois, chef du Parti Québécois. Mes idées ne sont pas toujours en accord avec le parti ou sa chef, mais je peux me réjouir en tant que féministe.
Le discours de victoire a cependant été entaché par un incident que ne saurais qualifier d'autre chose qu'horrible. Un homme armé a tenté de pénétrer à l'intérieur du Métropolis, où se trouvait l'assemblée du Parti Québécois. Il a tué une personne et en a blessé une autre. La victime, Denis Blanchette, technicien, est morte en essayant de l'empêcher d'entrer. Il aura droit à des funérailles nationales, ce qui ne le ramènera pas à la vie.
Suite à cet événement, la nation est sous le choc. Et comme nous sommes humains, nous tentons de comprendre. Il peut être tentant de tomber dans les extrêmes: d'un côté, y voir un geste purement politique; de l'autre, un «fou» sorti de nulle part. Je refuse de me limiter à l'une ou l'autre des explications.
L'acte a été commis par un individu. Une personne avec ses propres pensées, sa propre volonté. Il n'a pas été commandé par d'autres. Il serait à la fois faux et dangereux de pointer du doigt un groupe quelconque et de dire que c'est entièrement leur faute.
Certains ont blâmé les conservateurs (tant ceux au fédéral qu'au provincial), entre autre concernant le registre des armes à feu. Mais ils n'ont pas ordonné cette action et l'ont même condamnée (je ne m'étenderai pas ici à débattre de la valeur de leur condamnation).
D'autres ont blâmé les anglophones, ou encore les francophones, mais ni l'un ni l'autre de ces groupes ne constitue un monolithe idéologique, et la quasi-totalité d'entre eux ne voudrait certainement pas d'un assassinat en leur nom, même envers leurs adversaires politiques.
D'autres encore ont blâmé Pauline Marois elle-même, une idée si répugnante que je ne prendrai même pas la peine de la réfuter ici.
Serait-ce donc simplement un «fou»? Ça me dérange d'entendre cette explication toujours sortir quand quelqu'un commet un geste horrible. Je ne nie pas qu'il y ait clairement quelque chose qui cloche dans sa tête. Qu'il soit «fou», disons. C'est juste que ça m'attriste que les «fous» soient toujours ceux qui font des choses pareilles. Moi et mon amoureux avons tous les deux des problèmes de santé mentale. On ne nous voit pas dans les médias parce que la plupart de notre vie est, franchement, banale. Si les gens qui commettent de tels actes sont «fous», la plupart des fous ne sont pas dangereux ou violents.
Je pense qu'il est réducteur de croire que la folie serait la seule responsable. Cet homme n'est pas sorti du vide. Il ne s'est pas procuré une arme par la seule force de sa volonté. Il ne s'est pas retrouvé au Métropolis en cette soirée précise par simple hasard. Ce n'est pas non plus par hasard qu'il n'a pas été interrompu avant d'avoir déjà blessé une personne et d'en avoir tué une autre, deux personnes qui n'étaient en rien des agents de sécurité ou de police.
C'est vrai que c'est lui qui s'est procuré une arme, qui s'est rendu sur les lieux et qui a fait feu. Il est responsable de ses actes. Mais il n'est pas sorti du vide. Il fait partie d'une société, une société qui a des lois et des narratives spécifiques. Les dernières nourrissent l'esprit (certains aliments ne sont pas très nutritifs), les premières permettent ou empêchent des actes.
(P.S. Il n'est pas entièrement vrai de dire que nous ne nous retrouvons pas dans les médias, mais je ne veux pas détourner du sujet ici, et à moins de nous connaître déjà, notre présence y est plutôt anonyme.)
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